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Place des autochtones dans les nouvelles

Un grand nombre des mythes et des fausses perceptions qui persistent parmit les non-autochones sont perpétués par l'absence de communication, une mauvaise communication ou une communication à sens unique...

Source : Bud White, Commission royale sur les peuples autochones, 1998

Questions politiques ou constitutionnelles, incendies de forêts, pauvreté, abus sexuels et dépendance aux drogues semblent souvent constituer la seule forme de couverture médiatique accordée aux communautés autochtones. Quelques reportages sur des activités culturelles apparaissent ici et là dans les médias locaux, mais il faut être très attentif pour les trouver. Quant aux grandes questions d'intérêt public, les peuples autochtones ont rarement l'occasion de les commenter.

Bien sûr, de par leur nature, l'information et le reportage d'information privilégient les « mauvaises nouvelles ». Tragédies, conflits et crises font la manchette, rarement les histoires qui finissent bien. Ceci a malheureusement pour effet de persuader le grand public que les autochtones sont un peuple troublé, querelleur et accablé de maux divers. Selon Russell Platiel, qui a couvert pendant 27 ans les affaires autochtones pour le Globe and Mail, « énormément de bonnes choses se passent dans ces communautés qui ne seront jamais rapportées si personne ne fait pression pour qu'elles le soient ».

Les grands médias de communication ont une obligation envers les communautés qu'ils desservent, celle de refléter chaque ville, village et campagne grâce à des salles de nouvelles aussi diversifiées que chacune de ces communautés.

Source : Lynda Powless, Native Journalists' Association
Plusieurs raisons expliquent la pauvreté de l'information concernant les communautés autochtones : les journalistes ont des échéances très courtes et ont rarement le temps de faire des recherches approfondies sur leurs sujets ; les responsables des salles de nouvelles de la presse écrite comme télévisée sont rarement bien informés des affaires autochtones ; et il y a un manque aigu de journalistes autochtones expérimentés. Les peuples des Premières Nations constituent plus de 3 % de la population canadienne. Cependant, une étude du comité pour la diversité de l'Association canadienne des journaux menée en 1994 a révélé que, parmi les 2 620 journalistes, réviseurs, photographes ou superviseurs des 41 principaux journaux canadiens seulement 4 sont autochtones (environ un dixième de 1 %). Le Groupe de travail sur la diversité culturelle à la télévision a effectué en 2004 une analyse des émissions de nouvelles anglophones. On a évalué que les autochtones y représentaient 0,4% des rôles parlants. L’échatillon des émissions de nouvelles francophones utilisé pour l’analyse ne contenait aucune intervention autochtone.

Tous ces facteurs contribuent à la perpétuation d'une information tronquée et parfois même biaisée. Ainsi, depuis des années, les médias font fréquemment mention de l'exemption d'impôts dont bénéficient les autochtones, laissant plusieurs Canadiens croire que cette exemption s'applique à tout membre des Premières Nations. Peu savent, cependant, que seuls ceux qui travaillent dans les réserves, où les emplois sont rares et le taux de chômage élevé, sont éligibles.

Une étude réalisée en 2000 par Frances Henry et Carol Tator, de l'Université York, s'est appuyée sur l'affaire Jack Ramsay pour démontrer l'existence de préjugés anti-autochtones dans les reportages des médias. Ancien officier de la GRC devenu député du Reform Party, Ramsay a été arrêté et condamné pour tentative de viol en 1969 sur une jeune autochtone de 13 ans. L'étude de Frances Henry et Carol Tator montre à quel point les journalistes se sont avant tout attardés à décrire le milieu difficile où vivait la victime, ses parents alcooliques et abusifs, sa pauvreté, ses propres moments de dépendance à l'alcool et à la drogue. Par contre, en ce qui concerne Ramsay, ils ont été surtout frappés par sa carrière, les services rendus à la communauté et la présence à ses côtés d'une famille qui continuait à le soutenir. Selon les deux chercheuses, une couverture aussi biaisée cherchait manifestement à mettre l'opinion publique du côté de Ramsay et à minimiser les accusations portées contre lui.

Guerrier mohawk et soldat à OkaLa crise d'Oka en 1990 fournit aussi un bel exemple de manque aux critères d'objectivité qu'on attend normalement des journalistes. Durant l'été de cette année-là, les Mohawks de la ville d'Oka ont dressé une barricade pour s'opposer à l'expansion d'un club de golf sur des terres qu'ils considéraient comme un lieu d'ensevelissement ancestral. Pendant 78 jours, les grands médias ont évoqué des images de guerriers farouches, et ont souligné la menace actuelle et future que ces jeunes hommes enragés et anarchiques représentaient. À partir des quelques individus qui pouvaient effectivement constituer une menace, les médias ont bâti ce que Gail Guthrie Valaskakis appelle « une représentation exagérément monolithique d'activistes autochtones », justifiant la présence de 4 000 soldats et policiers de l'armée canadienne et de la Sûreté du Québec. À la résolution du conflit, écrit Valaskakis, 60 personnes sont sorties du bâtiment assiégé : 27 hommes, 16 femmes et 6 enfants autochtones, un adolescent de couleur et 10 journalistes, tous « associés à une seule image dominante... celle du guerrier mohawk ».

L'épisode d'Oka met aussi en lumière un autre problème lié à la couverture des questions autochtones. Les journalistes qui ne sont pas issus de la communauté se retrouvent souvent dans une position intenable : mal préparés, ils peuvent rencontrer de la résistance et mal comprendre la situation ; bien préparés, ils peuvent gagner la confiance de la communauté, mais risquent de se faire accuser de « partialité » et de manque de recul. De la même manière, un journaliste autochtone sera souvent limité à la couverture des affaires indiennes, mais ensuite suspecté de favoritisme d'origine culturelle. Les communautés autochtones ne sont pas non plus toujours prêtes à collaborer. « Nous ne pouvons pas utiliser une approche rapide et directe, dit Loreen Pindera, journaliste à CBC. Cela prend énormément de temps pour rétablir des liens de confiance avec des gens qui ont souffert aussi souvent d'une mauvaise représentation dans les grands médias. »

Maintenant que les différents médias se concentrent entre les mains d'un nombre de plus en plus petit de grandes entreprises de communication, les nouvelles qui nous viennent de la télévision, de la radio, des journaux et même d'Internet risquent de devenir de plus en plus homogènes. Au Canada, le réseau de télévision amérindien Aboriginal Peoples Television Network fournit cependant au public la possibilité de connaître des sources d'information et des points de vue variés sur une question donnée.

 
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